Prêter son bateau à un ami sur le Bassin : qui est responsable en cas d'accident ?

Réponse courte : dans la très grande majorité des contrats de plaisance, la garantie suit le bateau et non le barreur. Votre ami est donc couvert au titre de votre contrat, à trois conditions : qu'il détienne le permis requis, qu'aucune clause de conduite ne le lui interdise, et que le prêt reste gratuit. En revanche, c'est vous, propriétaire, qui payez la franchise, et la responsabilité pénale, elle, reste personnelle au barreur.

C'est la scène la plus banale du mois d'août sur le Bassin. Un ami est en vacances à Arcachon, votre bateau est au mouillage, il vous demande les clés pour une journée. Vous dites oui sans y penser. Voici ce que vous venez réellement d'engager.

La garantie suit le bateau, pas la personne

C'est la différence fondamentale avec l'automobile. En assurance plaisance, le contrat couvre un navire identifié, avec ses caractéristiques, sa zone de navigation et ses usages déclarés. La personne qui tient la barre n'est, en principe, pas le critère d'entrée dans la garantie.

Concrètement, si votre ami accroche un autre bateau dans le chenal, votre garantie responsabilité civile nautique intervient pour indemniser le propriétaire lésé, exactement comme si vous étiez à la barre.

Ce principe connaît trois limites, et ce sont elles qui font les mauvaises surprises.

Limite 1 : le permis

Le permis plaisance est obligatoire pour piloter un bateau de plaisance à moteur dès que la puissance de l'appareil propulsif dépasse 4,5 kilowatts, soit 6 chevaux. Le seuil tient à la puissance du moteur, pas à la taille du bateau : un semi-rigide de 5 mètres équipé d'un 9,9 CV impose le permis.

Une exception mérite d'être connue, car elle concerne une partie de la flotte du Bassin. Un navire administrativement qualifié de voilier échappe à l'obligation de permis, quelle que soit la puissance de son moteur auxiliaire. Cette qualification ne relève pas de l'apparence mais d'un critère réglementaire, issu de la division 110 du règlement de sécurité des navires dans sa rédaction de 2008 : sont voiliers les navires à propulsion principale vélique dont la surface de voilure projetée est au moins égale à 0,07 fois la masse en charge élevée à la puissance deux tiers. La puissance du moteur n'entre pas dans ce calcul.

Il n'y a d'ailleurs rien à recalculer : la qualification retenue figure sur les documents du navire. À noter, l'ancienne formule comparant la surface de voilure à la puissance moteur circule encore largement sur les forums et sur certains sites. Elle n'est plus en vigueur.

Hors ce cas, confier la barre à une personne non titulaire du permis requis constitue une infraction, et pratiquement tous les contrats en font une exclusion de garantie. Vérifiez le titre, pas la parole : un ami qui a fait de la voile toute sa vie n'a pas nécessairement le permis côtier.

Limite 2 : la clause de conduite

Certains contrats, notamment les formules économiques et celles portant sur des unités puissantes, restreignent la conduite : conducteur désigné nommément, obligation de présence du propriétaire à bord, âge minimum, ancienneté de permis, ou expérience exigée au-delà d'un certain seuil de puissance.

Cette clause figure aux conditions particulières, rarement en évidence. C'est le premier point à contrôler avant de prêter, et le seul qui peut transformer un prêt anodin en absence totale de couverture.

Limite 3 : la frontière entre le prêt et la location

Le prêt à titre gratuit relève de votre contrat plaisance. Dès qu'une contrepartie financière apparaît, même modeste, la nature de l'opération change : vous devenez loueur, et l'usage locatif est exclu de la quasi-totalité des contrats de plaisance de particulier.

La ligne est plus fine qu'il n'y paraît. Un partage réel des frais de carburant reste généralement admis. Un forfait à la journée, une remise d'espèces, une annonce sur une plateforme entre particuliers font basculer dans la location. Si cette question se pose, elle mérite un contrat adapté et non un arrangement.

Deux responsabilités à ne pas confondre

Sur le plan civil, celui de l'indemnisation, la victime se retourne vers le navire et vers son assureur. Elle n'a pas à s'intéresser à l'identité du barreur. L'article 1242 du Code civil rend par ailleurs responsable le gardien de la chose, c'est-à-dire celui qui en a l'usage, la direction et le contrôle. Un prêt transfère cette garde à l'emprunteur, dont la responsabilité personnelle peut donc être engagée, notamment si l'assureur exerce un recours contre lui après avoir indemnisé.

Certains contrats renoncent expressément à ce recours contre l'emprunteur. D'autres non. C'est le genre de clause qu'on découvre au pire moment, quand un sinistre menace une amitié.

Sur le plan pénal, la logique est tout autre. La responsabilité pénale est strictement personnelle et n'est jamais assurable. En cas de blessures involontaires, d'infraction aux règles de barre ou de dépassement de vitesse en zone réglementée, c'est la personne qui tenait la barre qui répond seule devant le tribunal, et aucune police d'assurance ne prend en charge une amende ou une sanction. Votre propre responsabilité peut toutefois être recherchée si vous avez confié le navire en connaissant l'absence du titre requis, ou dans un état ne permettant pas de naviguer en sécurité.

Trois scénarios typiques sur le Bassin

L'échouement sur un banc. C'est le sinistre le plus fréquent, et celui qu'un barreur extérieur au Bassin provoque le plus facilement. Les bancs se déplacent, le marnage dépasse quatre mètres en vives-eaux, et un chenal balisé n'a pas la même lecture à mi-marée descendante qu'à l'étale. Les dommages portent alors sur votre propre bateau : embase, hélice, safran, parfois coque. C'est votre garantie dommages qui joue, et vous supportez le montant de votre franchise.

Une nuance utile ici : contrairement à l'automobile, la plaisance ne connaît ni grille légale de bonus-malus, ni fichier centralisé des sinistres. Votre assureur peut majorer la cotisation à l'échéance, voire résilier, mais la sanction n'est ni automatique ni portable d'un assureur à l'autre. Un relevé de sinistralité vous sera néanmoins demandé si vous changez de compagnie.

L'abordage au mouillage ou dans un chenal. Densité des corps-morts, courants de passes, manœuvres serrées devant Le Moulleau ou Bélisaire : la responsabilité civile nautique intervient pour les dommages causés au tiers. La franchise reste à votre charge.

La blessure de votre ami lui-même. Point souvent ignoré : votre responsabilité civile indemnise les tiers, pas la personne qui pilotait. Si votre ami se blesse en barrant, seule une garantie individuelle accident, souscrite au contrat et couvrant le skipper et les passagers, peut l'indemniser. Vérifiez sa présence et son capital avant la saison, pas après.

Cinq réflexes avant de tendre les clés

  1. Relire les conditions particulières et repérer la clause de conduite.

  2. Vérifier physiquement le permis de votre ami, sauf si le navire est qualifié de voilier.

  3. Contrôler le montant de votre franchise, y compris une éventuelle franchise majorée en cas de prêt.

  4. Vérifier que la garantie individuelle accident couvre bien le barreur et les passagers.

  5. Faire un point de dix minutes à bord : matériel de sécurité, coupe-circuit, zone autorisée, bande des 300 mètres, réserve du Banc d'Arguin, numéro de l'assistance de votre assureur et canal 16 pour le CROSS.

Un message écrit avant le départ, mentionnant la date, le nom du barreur, le caractère gratuit du prêt et la zone convenue, ne coûte rien et vaut beaucoup en cas de contestation.

Ce que je vérifie sur un contrat

Sur les contrats plaisance que j'audite pour des clients du Bassin, quatre points reviennent systématiquement : la présence ou l'absence d'une clause de conduite restrictive, le niveau de franchise et son éventuelle majoration en cas de prêt, la renonciation à recours contre l'emprunteur, et le capital de la garantie individuelle accident.

Ces quatre lignes se lisent en quelques minutes. Elles déterminent si un prêt de bateau est un service rendu ou un risque financier personnel.

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